L’évaluation devrait être au service de l’élève et de son apprentissage. Mais soyons honnêtes: le modèle qu’on emploie pour évaluer les élèves est axé sur la production finale. Une fois que cette production finale est remise, l’élève attend sa note, la consulte et passe à la prochaine production.
La note représente une finalité. Elle n’encourage pas l’amélioration continue. Elle n’est donc pas au service de l’apprentissage.
Pire encore. Comme la note a une place plus importante que l’apprentissage, elle devient le Saint-Graal. La motivation étant extrinsèque, certains élèves vont tenter d’emprunter des raccourcis pour l’obtenir ou vont même tricher (bonjour l’IA!). On ne demande pas aux élèves d’apprendre pour le plaisir d’apprendre, on leur demande d’apprendre pour avoir de bonnes notes.
Dans un de mes précédents articles sur le sujet, je vous présentais la stratégie pédagogique de l’approche gradeless (sans note) avec le concept de boucle d’engagement pour améliorer le processus d’apprentissage et d’évaluation.
Aujourd’hui, je vous présente 3 idées pour transformer notre façon d’évaluer. Ces idées s’inspirent toutes du domaine du jeu et donc, des sciences du comportement. Ainsi, elles sont toutes réfléchies avec l’intention de retirer de l’importance à la note pour la transférer vers le processus d’apprentissage.
Sans plus attendre, voici les 3 items de votre Inventaire d’évaluation au service de l’apprentissage.

Image générée par l’IA avec Nano Banana 2
#1 Le portfolio d’apprentissage (le Journal de l’aventurier)

Le concept
Le portfolio d’apprentissage est probablement l’outil le mieux connu des 3 que je présente ici. Il s’agit d’une façon pour l’élève de documenter son processus d’apprentissage tout au long de l’année scolaire. Ça peut se faire avec ou sans technologie, mais cette dernière facilite grandement le travail de documentation en permettant, par exemple, l’ajout de photos ou de vidéos en quelques secondes. L’élève peut aussi exprimer sa créativité dans le processus en personnalisant l’apparence de son portfolio.
Pourquoi l’utiliser
Cette stratégie mobilise l’engagement dans l’apprentissage parce qu’elle:
- donne du contrôle à l’élève, l’une des composantes principales de mon Système SCORE, lui permettant de faire des choix stratégiques sur ce qu’il documentera et sur la façon de le documenter;
- permet à l’élève de s’exprimer créativement en toute autonomie dans la personnalisation de son portfolio, une composante majeure de motivation intrinsèque;
- rend l’expérience d’évaluation sociale, brisant le modèle en silo. Les élèves peuvent laisser des commentaires sur les portfolios de leurs pairs ou encore les évaluer. L’expérience sociale est une autre composante principale du Système SCORE;
- demande à l’élève de construire lui-même son portfolio, renforçant son attachement envers l’outil. C’est ce qu’on appelle l’Effet IKEA, le principe selon lequel on est plus attaché envers un meuble si on le monte soi-même. C’est aussi rattaché directement au levier de motivation Propriété & Possession du modèle Octalysis qui avance qu’on accorde plus de valeur à quelque chose qui nous appartient et qu’on voudra en prendre soin ou l’améliorer.
Comment l’intégrer
- Choisir le véhicule de rétroaction: quel outil vous permettrait d’intégrer facilement les mécanismes de contrôle, d’expression créative et de rétroaction par les pairs décrits ci-dessus? Assurez-vous que l’outil soit adapté à votre réalité et aux capacités des élèves. Mon choix préféré est Google Sites.
- Concevoir la boucle de rétroaction: quelles seront les étapes qui seront suivies à chaque nouveau projet? Assurez-vous d’accompagner les élèves à chaque étape du processus jusqu’à ce qu’ils soient prêts à le faire de manière autonome. Je recommande d’inclure les éléments suivants dans votre séquence et dans la structure du portfolio de l’élève:
- déterminer un objectif d’apprentissage;
- documenter les étapes du processus;
- recevoir une brève rétroaction à chaque étape;
- présenter le produit final;
- s’autoévaluer et/ou répondre à des questions métacognitives sur le processus;
- laisser des commentaires/des questions/une appréciation dans le portfolio d’au moins deux pairs.
- Déployer progressivement: quelle étape devrait être incluse en priorité? Assurez-vous d’intégrer les composantes que vous aurez déterminées à l’étape précédente de manière progressive pour faciliter l’apprentissage du processus par les élèves. Vous pouvez ajouter une étape à chaque nouveau projet.
#2 La rejouabilité (la Bataille de boss)

Le concept
Le principe de rejouabilité vient du monde du jeu vidéo et, plus précisément, des batailles de boss. C’est l’idée que dans un jeu vidéo, la personne joueuse peut tenter de battre le boss aussi souvent que nécessaire. En cas d’échec, la partie n’est pas terminée. On retourne perfectionner nos habiletés et on réessaie.
En contexte scolaire, le concept de rejouabilité peut s’appliquer à l’évaluation. L’élève qui le désire peut utiliser la rétroaction qui lui a été fournie pour améliorer sa production et tenter d’obtenir un résultat qui représente mieux sa compétence.
Pourquoi l’utiliser
Cette stratégie mobilise l’engagement dans l’apprentissage parce qu’elle:
- diminue l’importance de la performance au moment de l’évaluation et redistribue cette importance vers l’apprentissage. Ce qui devient important, tout à coup, c’est d’être en mesure d’analyser la rétroaction et de s’améliorer. Ça rend encore plus claires les conditions de réussite (les objectifs dans le Système SCORE);
- donne plus de contrôle et d’autonomie à l’élève sur son processus d’apprentissage. Le défi reste le même, mais le fait de savoir que l’erreur est un levier d’apprentissage pour mieux réussir diminue grandement la peur de l’échec. L’élève ressentira assurément moins le besoin de tricher.
Comment l’intégrer
- Cibler les évaluations propices: quelles évaluations peuvent être «rejouées» dans votre cours? Demandez-vous ce que vous évaluez concrètement. Est-ce la compétence de l’élève ou sa capacité à performer sous pression à un moment qui lui est imposé? Si vous avez répondu la première option, vous pouvez probablement utiliser le concept de rejouabilité pour cette évaluation.
- Offrir de la rétroaction centrée sur la tâche et la compétence: que doivent démontrer les élèves? Assurez-vous d’offrir des commentaires constructifs concrets, axés sur ces éléments à vos élèves. Vous voulez leur montrer le chemin à emprunter pour atteindre le prochain jalon de réussite.
- Varier les contextes: que pouvez-vous changer pour permettre à l’élève de rejouer son évaluation sans y retirer son caractère de défi? Assurez-vous qu’il y ait toujours quelque chose de différent dans les paramètres de la tâche sans la dénaturer (sujet traité, destinataire, données chiffrées, etc.). On veut que les élèves soient capables de transférer leurs apprentissages dans une nouvelle situation. L’IA peut vous éviter bien des casse-têtes à ce niveau.
#3 Processus vs finalité (les Mini-Quêtes)

Le concept
À l’ère de l’IA, il est primordial de ramener un élément clé du Programme de formation de l’école québécoise: on doit mieux distribuer l’importance de l’évaluation entre le processus et la finalité (la production).
Avec le principe de Mini-Quêtes, on segmente l’évaluation en une série de plus petites victoires. On évaluera les élèves à chaque étape que l’on jugera pertinente. Ces évaluations seront prises en considération avec votre évaluation de la production finale dans votre jugement professionnel.
Attention: Les Mini-Quêtes ne consistent pas en une série de tâches décontextualisées que l’on additionne pour obtenir un résultat final. Il s’agit de la même tâche complexe que vous auriez normalement donnée aux élèves. Vous segmentez simplement cette dernière en plusieurs points de contrôle.
Pourquoi l’utiliser
Cette stratégie mobilise l’engagement dans l’apprentissage parce qu’elle:
- raccourcit considérablement la boucle de rétroaction, favorisant plusieurs moments de régulation pour l’élève qui peut ensuite adapter ses stratégies;
- découpe l’éléphant en petites bouchées. Segmenter une tâche complexe en plusieurs plus petits objectifs réduit la friction qui paralyse l’élève au départ et lui permet de gagner un peu de momentum rapidement avec des moments de victoire fréquents. Avoir des objectifs clairs est au cœur de mon Système SCORE!
Comment l’intégrer
- Identifier les potentiels points de contrôle: quelles sont les étapes clés de la tâche complexe que vous évaluez? Assurez-vous de planifier l’évaluation de manière à imposer des moments d’arrêt à ces moments clés.
- Présenter la globalité du défi dès le départ: que doivent accomplir les élèves pour justifier la réalisation de tâches intermédiaires? Assurez-vous de clarifier la tâche globale d’entrée de jeu pour que toutes les étapes aient du sens pour les élèves.
- Profiter des points de contrôle pour cimenter: de quelles notions ou stratégies les élèves auront-ils besoin pour réussir l’étape suivante? Assurez-vous d’inclure des «temps d’arrêt», soit de petites tâches décontextualisées qui ciblent ces stratégies dans la progression de la tâche globale. Ces temps d’arrêt devraient aussi inclure des moments d’autoévaluation dans lesquels l’élève analysera sa démarche et l’efficacité de ses stratégies.
À vous de jouer
Pour contrer l’obsession de la note finale et stimuler la motivation intrinsèque, il faut repenser l’évaluation comme un outil au service de l’apprentissage en intégrant des mécaniques ludiques telles que le portfolio (autonomie créative), la rejouabilité (droit à l’erreur) et la segmentation en mini-quêtes (rétroaction fréquente).
Je suis convaincu que vous pouvez ajouter l’une de ces cordes à votre arc dès la prochaine semaine.
💬 Quelle idée avez-vous envie d’intégrer à vos pratiques évaluatives? Faites-le-moi savoir dans les commentaires!
Abonne-toi sur LinkedIn pour ne rien manquer des prochaines publications!
Laisser un commentaire